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elle y es 2 fois.http://ha rmony2011.cent erblog.net
Par harmony2011, le 26.08.2013
bonsoir mon amie lilas, on commence une nouvelle semaine et la fin du mois arrive, reprise des écoles et du bo
Par harmony2011, le 26.08.2013
je viens de relire!!!!!
t a vie at-elle changé depuis ?????
j'aurai s été heureuse de "partager mon café ave
Par latanierededilou, le 11.07.2013
je reviens le lire ce matin (puis-je le mettre sur mon blog avec ton lien??), car cela me ramène à ce petit ha
Par latanierededilou, le 11.07.2013
oh que oui ! j'ai eu tout le côté droit cassé dans un accident, je suis donc pas mal handicapée... on s'habitu
Par les-lectures-de-li, le 29.06.2013
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Date de création : 18.07.2012
Dernière mise à jour :
20.09.2013
412 articles
PAROLES DE DE DETENUS
Sous la direction de Jean-Pierre Guéno
Morceaux choisis
(certains textuellement avec les fautes d'orthographe et de français)
« Nous sommes tous condamnés à une réclusion solitaire à l'intérieur de notre peau ».Jean Genêt.
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LA MARELLE DE L'OUBLI
De la terre au ciel, il y a huit cases les règles sot strictes, et les épreuves immuables ; il faut savoir viser ; bien se garder de marcher sur les lignes ; garder son équilibre ; ne pas tomber ; savoir passer son tour quand la pierre chargée de vos illusions de trompe de case ; être capable de savoir repartir de zéro en cas d'échec. C'est la pierre chargée de vos illusions se trompe de case ; être capable de savoir repartir de zéro en cas d'échec. C'est la marelle, « hopsccotch » ou « dead box » en anglais. Les jeunes boliviens l'appellent la « Thunkuna ». Ils préfèrent y inscrire les jours de la semaine plutôt que des chiffres. C'est la marelle de la vie : de la terre au ciel, il y a huit cases plus un : la prison de l'enfer, celle qui sert d'antichambre éventuelle au paradis comme si la chute originelle ne suffisait pas , comme s'il fallait rappeler en permanence le prix à payer pour oser imaginer croquer les fruits du jardin d'éden... (…)
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TERRE
Vous avez tous en vous la préface de votre enfance (...). Le souvenir des premières peurs, celles du noir, des planches qui craquent, de la solitude, des froissements d'ailes dans la nuit, des greniers obscurs, celles des ombres menaçantes projetées sur les murs de la chambre et qui parfois venaient peupler vos cauchemars (...).
Et puis vous avez fait l'apprentissage des autres, et de ce qui ressemble parfois à la toute première prison : ce premier jour de la première rentrée scolaire, dont vous pouvez porter la cicatrice, cachée sous votre menton, tapie sous vos coudes ou griffée sur vos genoux.
La grisaille des murs qui enfermaient la cour. (...)
L'apprentissage des premières violences, des premières frustrations, des premières concessions de l'âge de petit homme : le son des cris des filles exilées dans l'autre cour de l'autre école. L'aboiement du premier appel qui vous fit découvrir que votre nom pouvait être amputé de votre prénom. La vrille du sifflet du maître, qui ordonnait les rangs. (...) Le premier coup de poing donné dans votre dos. (...)Vous avez vite compris que ceux qui encadraient ces communautés d'hommes plébiscitaient souvent la loi du plus fort comme principe d'équilibre au sein des groupes qu'ils devaient eux-mêmes dominer. Qu'ils utilisaient les forces naturelles de la violence collective pour que les individus s'usent, se polissent les uns les autres, comme le font les vagues avec les galets de la plage...
Pour ne pas avoir à subir le mépris de maître et celui de vos congénères de la cour de récréation, vous avez fini par apprendre à vous taire, subissant l'apprentissage du chantage consenti, du silence contraint, du racket toléré par ceux qui vous enseignaient pourtant la morale et le respect de l'autre. Vous avez appris à rester digne, surtout lorsqu'il s'agissait d'abandonner au passage une parcelle de votre dignité. Vous étiez mûr pour affronter d'autres communautés, d'autres prisons provisoires : celles du collège, du lycée, de la colonie de vacances, de la caserne, de l'usine, de l'hôpital ou de la maison de retraite. Dans les prisons d'un jour comme dans les prisons véritables, c'est bien la privation de dignité qui rabaisse l'homme et risque de l'éloigner à tout jamais de l'esprit d'humanité.
De la terre au ciel, sur la marelle de la vie, et dans les cases de ceux que l'on oublie, il faut savoir écouter la complainte des hommes enfermés... (...) elle raconte la chute que vous auriez pu vivre si vous aviez trébuché... ou si l'histoire avait trébuché à votre place...
Une chute qui va faire de vous, le temps d'une lecture, au fil de cette marelle de l'oubli, le prisonnier symbolique, l'exclu par excellence : le larron... (…)
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Lundi
Lundi jour de la lune. Souvent les incarcérations ou les transferts ont lieu le soir : comme s'il fallait vous rappeler, à votre descente du fourgon, que vous venez de changer d'univers. Vous venez de rentrer définitivement – et pour un certain temps – dans le système cellulaire. Vous en aviez eu des avants-goûts : ambiances de commissariat ou de palais de justice ; garde à vue, auditions, interrogatoires ; grilles, portes, judas, serrures, barreaux. Au pays de la nuit, au pays de l'écrou, la lumière est électrique, blafarde, terne, pisseuse, sale. On vous saisit, on vous interroge, on vous commande, on vous empêche, on vous interdit. On vous identifie, on vous observe, on vous photographie, on vous anthropométrise, on vous immatricule. On vous déshabille, on vous fouille, on vous encage. On vous enferme, on vous isole, on vous mélange, on vous surveille, on vous garde. On vous punit. (...)
Pendant longtemps, les hommes qui enfermaient les hommes vous ont privé de montre : la torture était subtile. Vous ne saviez plus ni le jour ni l'heure. Vous aviez perdu la liberté de votre temps.
A présent le supplice est différent, vous avez retrouvé votre montre et votre alliance tranchée par l'épée des minutes et par le poignard des heures, chaque seconde vous coupe le souffle, vous troue le cœur et vous transperce l'âme... Et l'anneau qui brille à votre doigt vous étouffe dans le cercle vicieux de l'absence...
Vous vivez au rythme imposé du temps des autres, au rythme du temps des geôliers, au rythme des bruits de la prison, claquement des grilles, des portes et des pas, cliquetis des clés assassines, écho des cris qui ne se répondent pas, cascade stérile et monocorde du « bâton de maton » qui n'en finit pas de tester les barreaux. (…)
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OUVERTURE
Ils n'en finissaient plus de me poser des questions – ils formulaient les réponses – ça ne dérangeait personne, surtout pas moi. Tout semblait se dérouler ailleurs. Je n'étais pas acteur. Je n'étais qu'un prétexte, une métaphore judiciaire qui changeait en fonction des humeurs de ceux qui m'interrogeaient. Parfois, je sentais l'odeur âcre du sang qui me dégoulinait du nez, de mes lèvres, - du dedans de ma tête alors que personne ne m'avait frappé. Ils voulaient la vérité. (...)
Ils me parlèrent du temps passé – une notion qui ne me rappelait rien, ou vaguement. (...) Comment dire ce que je ressentais à des gens qui pensaient à autre chose et dont le souhait était que je raconte ce qu'ils voulaient entendre ? Ça les dépassait, j'étais tellement loin d'eux qu'ils se sentaient insultés. Il fallait l'exemple, je serai celui-là ! (Joël)
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Je regardais encore la route, nous approchions du but. La direction prise nous éloignait du centre-ville. Depuis un moment, nous longions un mur d'une hauteur significative. Un coup de frein sec mit brutalement fin à mes suppositions silencieuses. A peine étions-nous à l'arrêt que l'inspecteur, assis à droite, sauta au sol et, se ruant sur un lourd portail métallique, s'annonça à l'interphone. Les deux battants s'ouvrirent, mus par une commande électronique. Notre véhicule démarra aussitôt pour s'engouffrer dans la brèche et se ranger dans une petite cour étroite. Ma portière fut décollée d'un mouvement brusque et, d'un geste, on me fit signe de sortir.
Une femme en uniforme s'avançait vers nous ; elle prononça quelques mots aimables à l'adresse de mon escorte et se tourna vers moi.
Dès que je posai un pied au sol, un éclair de vertige fit chanceler ma démarche. Un début de migraine me taraudait les tempes, une gangue de bile enserrait ma langue, et mon estomac, tiraillé par la faim, gargouillait de façon intermittente.
J'étais glacée dans mes vêtements de cuir et je me sentais sale, après ces quatre-vingt seize heures de garde à vue. Impression d'être un personnage irréel dans un décor absurde. Le port des menottes m'avait été épargné ; sans doute mon anéantissement visible ne laissait présager ni rébellion ni fuite. L'idée de fuite m'avait pourtant effleurée au moment où j'avais grimpé dans le véhicule, libre de tout lien ; l'idée étouffée aussitôt par une sensation de faiblesse physique telle que je me voyais mal « piquer un sprint » à travers les rues glissantes et venteuses. La surveillante me prit en charge et me fit franchir l'entrée de la maison d'arrêt.
Impression immédiate d'ombre et d'enfermement.
Un relent d'humidité et de renfermé vint heurter mon odorat. L'hostilité qui suintait des murs épais hérissa mon épiderme d'un frisson de panique.
Je fus dirigée sur une petite pièce adjacente, je lus l'inscription des Greffes, qui ornait la porte de ses lettres dorées. Un comptoir de bois coupait la pièce en deux... Derrière celui-ci, une surveillante gradée me reçut et je dus encore répondre à des questions concernant mon état civil et mon état de santé.
Un coup de téléphone interrompit ces formalités d'accueil et me rendit à mes impressions.
Sensation d'être prise dans une ratière, d'être jetée dans un trou sans issue.
Sensation d'être délestée de toute possession, d'être dépouillée de mes particularités d'individu.
Je n'étais plus qu'un nom, un prénom ; bien pire, un numéro d'écrou. (Vickie, Marseille)
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L'entrée en prison de tout individu passe par le rituel de la « fouille ».
Devoir se dévêtir complètement afin de vérifier qu'aucun objet, aucune substance interdite n'est introduite dans ce nouveau lieu !
Mais cette mise à nu est bien plus profonde qu'il n'y paraît. A partir de ce moment, plus aucun moment d'intimité ! La promiscuité d'une existence à plusieurs dans moins de 9m², 22 heures sur 24. Le regard permanent d'une surveillance incessante. Ce rituel qui se renouvelle régulièrement est aussi le moyen d'affirmer le statut de dominé, de soumis, de sous-homme qu'est le prisonnier, même s'il n'est que « prévenu », c'est-à-dire « présumé innocent ».
Humiliation, perde de l'identité, privation de la liberté, de l'action, du mouvement, s'accompagnent d'une perte de sa conscience de citoyen, d'homme. L'individu dérive de l'homme responsable vers un animal plein de haine et de rage, solution facile pour survivre en prison.
Il se pose la question suivante :la vie en prison n'est-elle pas que survie ?
Peut-on faire de l'épreuve de la prison une épreuve constructive dans la vie d'un homme ? Peut-on ressortir grandi, renforcé, d'un passage par la prison ?
La prison peut-elle être profitable ?
Il est nécessaire de préciser que le système carcéral actuel est basé sur la notion prioritaire de sécurité. Le système se doit de maintenir enfermés les individus qui lui sont confiés. Les notions de réinsertion, d'éducation, de prise de conscience sont seulement satellites et ne doivent à aucun moment entraver l'objectif essentiel !
Vivre en prison, c'est ne jamais cesser de se battre. Conserver son identité,; le respect de soi-même (lié au respect général), une autonomie, un espoir, la culture de l'espérance.
Se battre pour rester en contact avec la réalité du dehors, se battre pour garder un pied dehors, se battre pour trouver tous les jours la force de se lever et de trouver du soleil dans cet univers gris froid ! (Jean)
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Intérieur jour.
Je suis enfermé dans une cellule. Un œil-de-bœuf inaccessible laisse pénétrer un peu de lumière ; le plafond est haut ; un bat-flanc à charnières est collé contre la paroi de ce caveau. C'est tout. C'est le cadre qui convient au banni de la société ; au prisonnier.
Intérieur nuit.
La nuit pénètre par le hublot élevé de la cellule. Elle cache l'austérité du lieu, elle cache ma misère. La dureté, la nudité des planches du bat-flanc ramènent bien vite au réel l'imagination qui vagabonde déjà au-delà des murs de la geôle. La pensée et le corps finissent par s'effondrer et se confondre au néant qui m'entoure.
Intérieur cour.
La captivité est un hiver sans fin ; un esclavage qui ne comporte que la faculté de se mouvoir dans un rectangle de terre pelée. L'existence d'un prisonnier est faite d'immenses intervalles séparant des riens ; de mornes méditations émanant d'un esprit asphyxié dans une atmosphère de prison ; de tristes sentiments refoulés dans un cœur saturé de rancune ; de colères subites et nerveuses maintenues sous pression dans un corps flétri par un état miséreux. Cette vie ne se raconte pas ; elle est vide, elle est creuse. C'est une tranche de quelques années à rayer, à supprimer brutalement. Le corps sort de cette aventure vieilli et las mais il n'a pas vécu. (Raymond, Tournai.)
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Ici point de parfums, des odeurs seulement
Qui traînent vers le bas tous ceux qui les supportent
Au-dedans, au-dehors, et derrière la porte
D'un chauffoir exilé au fond du bâtiment
Des odeurs qui appuient sur la tête levée
Vous font courber l'échine et rabaisser les yeux
Les pieds, les pas, les gens, la nourriture même
Ont tous, matin et soir, l'odeur de renfermé
Ce n'est pas étonnant dans cette attente extrême :
Ici l'on ne vit pas on subsiste, un peu. (Xavier)
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Dans la cellule ou derrière les pieux de la palissade, on est seul en effet contre tous les autres, seul et séparé par un mur de cet immense grouillement d'hommes dont on a été brutalement retranché, de cette humanité remuante est libre qui semble vous avoir abandonnée, vit sans vous, s'organise et agit sans vous, prenant tout entière figure d'adversaire. Son poids formidable pèse sur le toit de la prison comme sur un couvercle qu'elle ne laissera point soulever. Il faudra donc, pour résister, composer un monde à soi seul, retrouver en soi et cultiver toutes les sensations, toutes les satisfactions que vous procuraient naguère « les autres ». Ces « autres », égoïstes et lointains, c'est à vous maintenant de les abandonner, de leur prouver que vous pouvez vous passer d'eux et que vous les avez condamnés plus sévèrement qu'ils ne vous ont frappé ? (Jean Zay « Souvenirs et solitude »)
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Si l'on me demandait : « Combien de temps êtes-vous resté à Fresnes ? »
Je répondrai sans réfléchir :
Un mois.
J'y suis resté huit jours.
Trente jours en prison, cela doit faire – dans le souvenir – entre cinq et six mois. Ceux qui y sont depuis quatre ans – y sont au-moins depuis vingt ans. A leur sortie, cela se verra. (Sacha Guitry – 60 jours de prison »)
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Imaginez une cour entièrement bétonnée de 7 mètres sur 5,5 mètres, sans aucune vue sur le monde extérieur, ouverte seulement sur le ciel mais couverte par un épais grillage. Une véritable fosse aux ours, telles celles qu'on voyait autrefois dans les zoos et qui furent interdites pour cause de cruauté envers les animaux grâce à l'action de la SPA. Pourtant, si ce genre de fosses est désormais interdit aux animaux, il est bel et bien autorisé pour certains hommes à Bradignan, en France, quatrième puissance économique du monde -c'est du moins de qu'on prétend dans le pays).
Bien entendu, les murs lépreux sont couverts de graffitis, la grille, rouillée, vomit son eau pourrie sur le sol carrelé de la cour, qui a pris elle-même la couleur de la rouille. Mais celle-ci n'est pas uniforme : à la limite des murs, un liseré plus clair délimite le trajet de milliers de pas qui, les uns après les autres, ont usé jour après jour la couche rougeâtre. C'est la « promenade ». (Loïc Le Ribault « Lettre à mon juge »)
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Une branche d'arbre qui bouge
Ombre chinoise
Sur le verre dépoli
De la fenêtre
Il y a aussi des barreaux
Toujours
Il y a du silence
Complice
Et de la vie
Toujours la vie
Et de l'amour qui se balance
Sur les agrès de bons cœurs gros
Je suis
Verbe être
Si vil civil et poli
Je suis dans le vent qui déboise
Le vent, qui torture et qui ronge
Le vent d'ennui
Dans la nuit qui revient inlassable.
Ma nuit
Où ma peine indéfinissable
M'attend. (Pierre, Loos-lès-Lille)
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Il est une expression terrible, dont je commence seulement à pénétrer le sens : tuer le temps. Besogne, absorbante, toujours recommencée... Tuer le temps est une tâche vitale quand on est seul, face à face avec lui. Il y faut beaucoup d'imagination et un grand esprit de méthode. C'est avec le soin de sa santé, l'unique souci du prisonnier : « Il faut durer » disait Blanqui. Le seul moyen de « tuer le temps », si l'on ne peut pas dormir toute la journée, c'est de s'imposer un horaire inflexible, de ne pas laisser une seule minute inoccupée : de 7 à 8, culture physique ; de 8 à 9, promenade ; de 12 ½ à 15, courrier, etc., etc. Si, par une fissure, le désarroi, le désœuvrement parviennent à s'introduire, l'on est perdu. Depuis que j'ai des livres et de quoi travailler, il m'est devenu bien plus facile de vaincre le lent défilé des jours. Mais, pendant les longs mois où j'ai été enfermé les mains vides entre mes quatre murs, j'ai appris, pour tuer le temps, à vivre de petits détails, à prolonger les plus minuscules distractions et à en exprimer tout le suc, à doctriner la moindre besogne. Faire son lit est un art délicat, on peut y consacrer une grande demi-heure. C'est une véritable science que d'allumer le feu et l'on n'y saurait sacrifier trop de temps. Faire chauffer de l'eau pour la toilette, laver le bol et les deux assiettes, lire la lettre qui vient d'arriver, ranger ses affaires, autant de soins minutieux dont on prolonge à l'extrême le plaisir insoupçonné. Voilà une nouvelle « vie humble aux travaux ennuyeux et faciles », qui cessent d'être ennuyeux, parce qu'ils sont le seul dérivatif de la solitude, et cessent d'être faciles, petites vertus ménagères ? Peut-être. Plus sûrement encore, on devient maniaque. A force de répéter sans cesse les mêmes gestes insignifiants, dans un cadre étroit, on finit par leur donner un rythme immuable. On n'imagine pas de balayer le dallage dans un autre sens... Le plus petit travail a été standardisé. Comme on est certain d'avoir trouvé, à la longue, les méthodes les plus économiques, on s'y borne résolument. Des mécanismes se remontent et se déclenchent en vous. L'automatisme vous menace.
Le moment le plus pénible à surmonter, c'est celui du crépuscule, la lente et mélancolique soirée, car c'est d'ordinaire, pour les hommes libres, l'heure du foyer retrouvé. Quand la nuit vient murer la fenêtre, que l'électricité s'allume, on pense à l'employé, à l'ouvrier, au paysan qui, la journée de travail achevée, retourne à la tiédeur de sa maison y rejoint la femme, les enfants, sa place à table, les habitudes fidèles. Alors, la solitude pèse sur vous de tout son poids. Le livre tombe des mains ; la pensée s'envole. C'est l'heure de rester maître de soi et de choisir pour sa rêverie les sentiers les moins sombres, ceux où l'on ne côtoie pas trop de précipices. (Jean Zay « Souvenirs et solitude »)
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Le poète au cachot, débraillé, maladif,
Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
Mesure d'un regard que la terreur enflamme
L'escalier de vertige où s'abîme son âme.
Les rires enivrants dont s'emplit la prison
Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison ;
Le Doute l'environne, et la Peur ridicule,
Hideuse et multiforme, autour de lui circule.
Ce Génie enfermé dans un taudis malsain,
Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim
Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,
Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille,
Voilà bien ton emblème, Âme aux songes obscurs,
Que le Réel étouffe entre ses quatre murs !
(Charles Baudelaire sur « Le Tasse en prison » d'Eugène Delacroix)
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Vendredi, 12h30. Cellule 223. C'est là que j'habite, c'est là que j'attends.
Au moment de décrire un peu pour les yeux de ton cœur, j'y renonce. Décrit-on une cellule, cet étau de béton de fer et de contraintes – aux dents féroces qui mordent l'âme et le corps, et où seulement ce qui vient de l'extérieur a le pouvoir de faire de la lumière ?
Ça ne voulait rien dire – que je dise le lit solitaire, le lavabo, le placard, l'exigüité, le mur-souffrance gris-misère ou jaune pisseux sur lequel j'ai collé ma joie à moi, mes rêves, mes peintures, mes beautés, surtout celles qui me viennent de toi, les romans de couleurs et d'espoirs vus à travers le prisme de ton âme et de ton corps... que j'attends. D'ailleurs, là ne résident pas même essentiellement le sens et le but de ma description. Même ceux qui ont visité les prisons de long en large n'ont rien compris à la vie carcérale, à ce qui s'inscrit dans le psychisme d'un détenu et jusqu'en chacune de ses fibres. Parcourir un couloir propre, un atelier fonctionnel, un terrain de sport, des cuisines rutilantes, des cellules acceptables, ça ne donne aucune idée de ce qu'est une longue peine de prison. Pour moi tout cela n'a pas de signification propre si je n'y ajoute l'invécu d'hier et le vécu d'aujourd'hui. Ça ne voudrait rien dire sans tout le « quait » de toi avant de te connaître, la solitude pourtant déjà habitée de toi malgré l'enfer des autres et, pire, celui du système, fait pour briser, contre lequel il faut lutter de toutes ses forces pour rester un homme debout. (Micha)
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Je traîne. Je traîne mes pieds, mon corps, et aussi toutes ces chaînes invisibles pour ceux qui ne connaissent pas les prisons, ces maisons hantées. Oui, quelque part, nous sommes un peu comme des fantômes qui attendent que la vie veuille bien les reprendre, attendre encore et toujours de pouvoir s'asseoir à nouveau dans le train de l'existence, mais cette fois, dans le sens de la marche. Parce que ici, coincée dans cette attente qui a un goût interminable, tu vois la vie qui passe et qui t'échappe à vitesse « grand V ». La vie du DEHORS, la vie, quoi, même si elle est toujours teintée de galère, c'est tant de choses... Avant que tu ne les voies arriver, elles sont déjà parties... On vit dans un manque perpétuel. Si l'enfer existe, il doit ressembler à cela.
Je me suis approchée de la fenêtre, passage obligé pour aller au lavabo, et j'ai regardé dehors. « Dehors », c'est une petite cour intérieure, un mur, des grillages... Un corbeau s'occupe du toilettage de ses ailes sous une pluie fine qui n'a pas cessé pendant tout l'après-midi. Il fait froid, et les nuages, gris, bas, rendent à tout un ton obscur de plus. Il y a de la lumière à quelques fenêtres. La matonne vient de passer devant la porte, elle fait sa ronde, contrôle, regarde par le « judas » clic-clac.
La radio continue de déverser des notes de musique que j'écoute à peine. Le vent s'est levé.
Juste au-dessus de ma tête, les barbelés, infestés de petites laines bien aiguisées qui me rappellent que je passerais un mauvais quart d'heure si jamais l'idée me venait de les traverser.
Le ciel, entrecoupé par les câbles de sécurité « anti-hélicoptères », change de couleur. Le corbeau me regarde. Enfin, on dirait. Le baille ; je n'ai pas encore digéré la mangeaille qu'on nous donne en guise d « repas », et pourtant, ça va faire trois heures.
C'est un après-midi idéal pour se promener au bord des falaises, le vent sur le visage, et le goût (salé) de la mer sur les lèvres. Et voilà, je rêvais de nouveau, et comme s'ils pouvaient lire dans mes pensées, les réflecteurs qui éclairent le mur qui entoure la prison se sont allumés. Bientôt il fera nuit. Des mois, déjà, que je ne vois pas les étoiles. La lumière des réflecteurs est trop puissante. Peut-être que... si je m'allonge par terre, sur les dalles, juste sous la fenêtre, je pourrai chercher un angle où la lumière sera reflétée par la vitre, et... qui sait...! je pourrai peut-être voir quelques uns de ces petits points brillants qui nous font tant rêver...
Mais j'avais oublié le barbelé, au-dessus de la fenêtre. Ce qui brille, ce ne sont pas les étoiles. Ce sont les lames. (Idora)
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Je mange debout devant ma glace, pour voir quelqu'un, pour ne pas manger seule. (Evelyne)
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Les sont ont une importance capitale en prison, qui est due à l'inutilité de la vue. En effet, les murs, les portes et les grillages nous enlèvent le vrai sens de la vision, et on s'habitue, comme les animaux, à faire développer l'ouïe, pour savoir ce qui se passe autour. (Robert)
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Il y a du mouvement au quartier. Plein de bruits métalliques, des pas, des halètements, des chuchotements et d'autres sons étouffés perturbent ma compréhension, c'est encore le singe qui se prend pour un humain – ou peut-être le contraire. Je ne sais plus grand-chose de mon espèce, que les émotions instinctives qui permettent la survie. (Joël)
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La seule parole qui prévaut en prison est le rêve. Les vies s'inventent, recréant de toutes pièces des fantasmes et des illusions perdues. Quelques-uns sombrent dans la mythomanie en renouvelant l'histoire de leur existence à chaque personne rencontrée. Les mots s'égarent comme pour mieux appréhender ce qui fait défaut, l'espace. Nous ne sommes pas égaux face à la prison... mais quel temps auriez-vous à perdre de penser cela ? (Joël)
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Mais ma pauvre tête est si vide, si retentissante encore, pour ainsi dire, de tous les chagrins et les malheurs de ces derniers temps, que je n'ai pu encore acquérir cette espèce de somnolence qui me semble être l'ultimatum solarium du prisonnier. Aussi, ai-je besoin qu'on se souvienne un peu de moi, de l'autre côté du mur et qu'on me le témoigne. (Paul Verlaine, 1873)
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La prison,
C'est comme un long sommeil dont on voudrait sortir
Un coma capricieux fait de noir, d'éclaircies
La prison c'est le vide, le néant, l'amnésie
C'est la nuit qui se traîne et ne veut pas finir.
(Annie)
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C'est comme dans les carnets de feuilles à cigarettes : un jour tire l'autre. C'est le matin que je barre mon calendrier, dès que levée, je sais bien que le jour est déjà terminé, puisque je connais le programme et que le rideau reste baissé. Enfin, de papier en papier, me voici prête à devenir madame. (Albertine Sarrazin, Fresnes, 1959)
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La parole, ici c'est : « surveillant », « la télé », « la douche ». (A.M.B., Rouen)
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cocuou lilas, le milieu carceral m'a tjrs interessé, tu sais que j'ai été agent pénitentiaire, hé oui!!! lolll...bonne nuit lilas, bisous!:-)http://pourvivreheureuxvivonscache.centerblog.net
la prison est une autre vie dans la vie, pas le choix d'accepter certaines règles, ils se créent un autre monde surtout pour les longues peines, ils sont chez eux, c'est une expérience dans un autre monde...dur, froid, sanglant, mais quand même vivant!!http://pourvivreheureuxvivonscache.centerblog.net
les détenus ont pas mal d'avantage de nos jours, comparé à quelques années..faut de l'argent aussi en prison, mais coupé du monde pas confronté aux autres problèmes non plus...;-)...la loi de la junglehttp://pourvivreheureuxvivonscache.centerblog.net
bonne journée isa, j'espère que tu vas bien, ici temps de merde, pas agréable, bonne journée, bisous! ;-)http://pourvivreheureuxvivonscache.centerblog.net
bonsoir lilas, bonne peinture alors!! n'en mets pas partout!!!...oui je ne voudrais pas être derriére les barreaux, je connais la chanson!!!...le passé derrière nous hein!!! merci pour ta visite, bisous, t'as écouté brigade des stups de gainsbourg?...Cool aussi celle là, byyyye!!!! :-))http://pourvivreheureuxvivonscache.centerblog.net
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